Hépato Gastro Entérologie et Oncologie digestive

Hépato Gastro Entérologie et Oncologie digestive

LE Dr TSHIMPI ANTOINE DU DEPARTEMENT DE MEDECINE INTERNE RESUME LE CONGRES D’HEPATO GASTRO ENTEROLOGIE ET ONCOLOGIE DIGESTIVE DE PARIS


Par Dr Antoine TSHIMPI


Les journées francophones d’hépato-gastro-Entérologie et oncologie digestive (JFHOD) viennent de se dérouler à Paris du 22 au 25 mars 2018 dans le superbe cadre du palais de congrès.

La participation, toujours plus nombreuse, a battu de nouveaux records : plus de 5000 participants parmi lesquels 762 exposants, 180 infirmiers aides en endoscopie et 4137 congressistes. Parmi ces derniers, 8 Rd congolais dont 5 exerçant en RDC.
Le pays hôte était, pour cette année, la ROUMANIE.

Le thème principal a été la Douleur (sous toutes ses formes).

L’intensité et la qualité des présentations étaient au rendez-vous, avec beaucoup d’implications immédiates, du moins en France (et un peu, je l’espère, en RDC).
Quelques exemples:

  • Un excellent topo de Franck Zerbib sur les maladies motrices de l’œsophage.

La dilatation pneumatique reste le traitement de première intention, avant d’envisager, après au moins 3 séances inefficaces, d’autres procédures complémentaires (injection?) ou une chirurgie.

  • Estomac

Les protocoles d’éradication anti HP sont actualisés chaque année en France du fait des phénomènes de résistance croissante aux antibiotiques. Si bien que le schéma séquentiel est devenu obsolète, laissant place à une quadrithérapie première de 15 jours (j’aimerais connaître le taux d’interruption de cure…), puis à une quadrithérapie sur base d’antibiogramme ou une quadrithérapie bismuthée. Cependant, les résistances étant variables d’un pays à un autre, il me semble important, pour la RDC, d’évaluer d’abord l’efficacité de notre protocole séquentiel mais en privilégiant 14 jours au total au lieu de 10 (il faut un travail d’harmonisation chez nous…..à suivre).

Foie

  • Ne dites plus Cirrhose Biliaire Primitive mais plutôt Cholangite Biliaire Primitive (l’abréviation ne change pas: CBP!). Elle affecte surtout la femme à partir de 40 ans, et doit être évoquée en cas cholestase intra-hépatique (pas de dilatation des voies biliaires à l’échographie) et confirmée si Ac Anti-mitochondries positifs. L’espérance de vie sans traitement et surtout sans transplantation est de 10 ans. Il y a pourtant un traitement médical (AUDC ou, en 2eme ligne, acide Obeticholique) efficace (améliore le pronostic). Le prurit est sensible au Questran et aux… Fibrates. Enfin, ne pas oublier d’associer la vitamine D dans ce contexte de cholestase. Tous ces médicaments sont disponibles chez nous. Vous avez dit rare? Pas si rare que ça (1/1000 femmes de plus de 40 ans en France et j’en prends en charge à KIN!).
    En pratique, tout diagnostic de cirrhose, chez une femme de surcroît au-delà de la quarantaine devrait inclure une recherche d’anticorps anti mitochondries.
  • Virus Hépatite B. Rappel: l’apparition de cytolyse, l’augmentation de l’ADN viral (dosage annuel?), l’apparition des signes de fibrose (fibromètres en absence de fibroscan, ou biopsie hépatique si doute) doivent inciter à discuter un traitement antiviral afin d’éviter l’évolution (cirrhose, hépatocarcinome,…).
  • Infection virale chronique C : les traitements pan-génotypiques sont là, disons ……pour les pays riches dans un premier temps.
    Dès que disponibles, ils rendront obsolète la détermination du génotype tant ils affichent des taux d’efficacité insolents (99-100%) chez des patients naïfs, de tout génotype. Pour les patients ayant résisté à différents protocoles antérieurs, une association de 3 antiviraux directs est également disponible, avec un taux d’efficacité de plus de 98%., L’objectif d’éradication de cette infection en 2030, lancée par des sociétés savantes, est donc en marche. A condition de dépister les porteurs….mais également de rendre accessible son traitement actuellement très onéreux (tout un programme pour notre pays!).

Peu de nouveautés sur le carcinome hépatocellulaire si ce n’est le rappel de son mauvais pronostic (moins de 10% à 5 ans). L’occasion d’insister sur l’intérêt d’un suivi semestriel, par un hépato-gastroentérologue, avec échographie hépatique, efficace dans la détection précoce d’éventuelles lésions hépatiques.

Pancréas

En cas de poussée de pancréatite, reprise rapide d’alimentation conseillée dès régression de la douleur.
L’augmentation de l’incidence du Cancer du Pancréas à travers le monde continue à intriguer. Attention aux facteurs de risque parmi lesquels la génétique, le tabac. Le développement des explorations (IRM, Echoendoscopies,..) permet de découvrir de plus en plus des lésions précancéreuses types kystes (TIPMP, cystadenome mucineux,…), PanIN, etc. qu’il faut absolument prendre en charge avant des dégâts irréversibles.

Cancer du Colon Métastatique

Plusieurs lignes de chimiothérapie ont montré leur intérêt dans le traitement du Cancer colique évolué ou métastatique.

Pour le reste, les MICI et l’endoscopie se sont arrogés, j’allais dire comme d’habitude, la grosse part du programme.

MICI : renforcement des traitements avec la cicatrisation muqueuse comme objectif afin de réduire les récidives (la conférence de Frédéric COLOMBEL m’a vraiment fait rêver….)
RCUH n’est pas « mieux ou moins embêtante » que la maladie de Crohn, comme en attestent quelques études sur la qualité de vie.

Enfin, L’endoscopie est un des domaines où l’innovation est constante. Cela concerne aussi bien les techniques évoquées, et pour certaines réalisables en RDC (mucosectomie, dilatation, dissection muqueuse,…), que les matériels (entéroscopie double ballon maintenant commercialisée par Olympus,…..).

Sans oublier le Microbiote qui continue de susciter beaucoup de travaux de recherche, quelle antibiothérapie chez le cirrhotique notamment en cas d’ascite infectée (préférer le cefotaxime plutôt que le Ceftriaxone à élimination rénale), etc.

Notre équipe a fait 3 communications affichées portant sur :

  • La pratique de l’endoscopie digestive à Kinshasa

Travail rétrospectif multicentrique, conclusion : pratique faible, et encore plus faible pour l’endoscopie digestive interventionnelle;

  • Enquête sur la pratique de l’endoscopie digestive Interventionnelle (EDI) en Afrique Subsaharienne.

Papier que j’avais précédemment présenté lors des JGAF de novembre 2017 à Libreville. Conclusion : dans les 11 pays #enquêtés#, pratique faible de l’EDI.

  • Prise en charge de la maladie hémorroïdaire à KIN.

La plupart des patients avaient consulté à un stade avancé de la maladie. Plus de 2/3 avaient eu un traitement traditionnel avant de consulter. La coagulation à l’infrarouge, associé ou non à un autre traitement, permettait une amélioration dans la majorité des cas.

Bref une édition 2018 intense,  fructueuse et stimulante.

L’organisation africaine d’hépato-gastro-entérologie a tenu une réunion lors de ces JFHOD. Elle attend des nouvelles de la société Rd Congolaise de Gastroentérologie.

La société Marocaine d’Hépato-gastro-Entérologie tient ses journées les 30, 31 novembre et 01 Décembre 2018.

Dr Antoine TSHIMPI

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